Mi-novembre, j’ai assisté au Capitole du Libre. Grand évènement toulousain autour du au logiciel libre* et de l’open source*, il rassemble chaque année des dizaines de conférences et ateliers, ainsi que des stands des acteurices du domaine.
J’y étais pour aider à tenir le stand de la Rebooterie, bien sûr, mais aussi pour assister à plusieurs conférences super intéressantes. En voici un résumé avec mes retours personnels.
La quasi-totalité de l’évènement est filmé et diffusé sur YouTube. L’édition 2025 n’est pas encore en ligne, mais vous pouvez jeter un œil aux éditions précédentes ici, et je ferai une sélection des replays que je recommande prochainement !
- Mon avis d’ensemble
- C’est quoi l’UX design et pourquoi le libre aurait à y gagner en intégrant ces profils ?
- Émancipation numérique des associations par le libre
- Se réapproprier les techno-logies : point de vue libroféministe
- La Contre-Voie débarque sur Facebook et vous explique pourquoi
- Accessibilité et logiciel libre : concrètement, comment les concilier quand j’y connais rien ?
Mon avis d’ensemble
Comme chaque année, le programme du Capitole du Libre est TRÈS dense. Il peut y avoir jusqu’à une douzaine de conférences et ateliers en même temps, il est donc indispensable de préparer son planning avant de venir. Et malheureusement il est aussi nécessaire de faire des choix.
Par les temps qui courent, obtenir de l’argent pour un évènement associatif, d’autant plus sur un sujet comme le logiciel libre, c’est compliqué. Je trouve cela dit toujours curieux d’inviter des structures socialement engagées et en même temps des groupes militaristes comme Thalès ou Airbus sans trop souffrir de dissonance cognitive…
Je n’ai en général pas d’espérances sur le sujet, mais aucune des conférences auxquelles j’ai assisté n’était sous-titrée ou interprétée en LSF. Même celle concernant l’accessibilité dans le libre pour cause de problème technique.
C’est quoi l’UX design et pourquoi le libre aurait à y gagner en intégrant ces profils ?
Animé par Nath R., lead UX designer spécialisée en stratégie et content design.
L’UX, c’est l’expérience utilisateurice, c’est-à-dire comment une personne va utiliser un produit ou service. Prise en main, ergonomie, psychologie, la pratique est assez vaste et repose essentiellement sur la prise en compte des besoins, demandes et retours des utilisateurices.
L’objet de l’UX design est de concevoir des produits utiles, utilisables et utilisés.
Car ces trois composantes ne sont pas toujours liées. Jusqu’à il y a quelques années par exemple, le site des impôts était utile et utilisé, mais difficilement utilisable.
De nombreuses idées reçues entourent l’UX design, et beaucoup d’équipes de développement pensent déjà connaître les besoin de leur cible, ou n’avoir pas besoin de quelqu’un pour leur faire rajouter des boutons partout.
Pourtant, le milieu du libre a une culture technophile difficile d’accès au premier abord. Beaucoup de logiciels libres ont une courbe d’apprentissage plus raide que les logiciels propriétaires, souvent à cause d’un design mal conçu.
On a tendance à oublier que ce n’est pas parce qu’un produit fonctionne qu’il est utilisable par son public. Et quand un produit n’est pas utilisable, il n’est pas utilisé, quand bien même il serait utile.
Pour que le libre devienne une alternative attirante aux GAFAM, il faut que sa conception soit soignée. Quand l’UX est qualitative, il y a plus d’utilisateurices, et potentiellement plus de contributions.
C’est également une question d’inclusivité, parce que les UX designers se soucient des besoin de toustes, prenant en compte les minorités, les différentes formes de handicap, la barrière de la langue, etc.
Enfin, la culture UX peut renforcer et faciliter la collaboration entre les devs, les utilisateurices, les designers et les autres parties prenantes.
Quelques conseils pour intégrer de l’UX dans le libre :
- La communauté doit se questionner et renseigner sur ces rôles pour accepter leur utilité
- Avoir une (ou des) personne en charge de l’accueil de contributeurices, afin de rendre les échanges plus simple
- Favoriser les ponts entre développement et design
- Permettre aux utilisateurices de faire des retours et suggestions de manière plus fluide qu’avec les traditionnels tickets de bug.
Émancipation numérique des associations par le libre
Présenté par l’association Numelib.
Numelib est une suite logicielle entièrement open source qui propose aux associations et entreprises divers services numériques comme un serveur de fichiers type Drive, un webmail, un logiciel de gestion, l’hébergement de site internet…
La solution repose sur Virtualmin et utilise entre autres les applications NextCloud, Roundcube, Dolibarr et WordPress.
L’association a un modèle économique hybride : les petites structures ne paient qu’une adhésion couvrant les frais d’hébergement, tandis que les plus grosses paient un abonnement mensuel.
L’objectif de Numelib est de diffuser les valeurs du libre et de l’open source le plus largement, tout en ayant conscience que ce n’est pas la solution qui sera envisagée en premier lors de la mise en place d’un système d’information.
Leur conseil : se sortir des logiciels propriétaires* pour passer au libre est compliqué et chronophage. L’idéal est de se tourner vers le libre dès le début.
Se réapproprier les techno-logies : point de vue libroféministe
La prise de parole de Khrys est à peu près impossible à résumer.
En vrac, il a été question d’invisibilisation des femmes, de technique, de pourquoi l’IA c’est de la merde, de techno-fascisme, de guerres et de racisme.
Le replay n’est pas encore disponible, mais sa retranscription est disponible ici.
La Contre-Voie débarque sur Facebook et vous explique pourquoi
La Contre-Voie est une association d’éducation populaire numérique basée à Angoulême et présente un peu partout en France. Iels font entre autres des ateliers numériques, de l’hébergement de services libres, de l’accompagnement pour les associations…
Leur premier choix a été de n’être présent-es que sur Mastodon, un réseau social libre et décentralisé.
Leur public cible est non-initié au numérique, et encore moins sensibilisé aux enjeux du numérique éthique. Une question se pose donc : comment se faire connaître auprès d’un public peu voire pas technophile ?
Quelques chiffres de l’agence We Are Social pour l’année 2025 :
- 75% de la population française est présente sur les réseaux sociaux.
- Facebook est le réseau le plus utilisé par les adultes, suivi de WhatsApp et Instagram.
- La recherche d’informations est la première raison d’utiliser Internet.
- Un-e internaute sur 2 arrivant sur un site depuis un réseau social vient de Facebook.
- 60% des personnes tapent le nom d’une entreprise ou association sur leur moteur de recherche en priorité. Instagram arrive en deuxième source.
Du côté de Mastodon, il y a seulement 0.9 million d’utilisateurices dans le monde, le réseau n’est donc même pas représenté dans les statistiques.
Son public est par ailleurs plutôt geek et libriste, soit pas du tout le public cible de la Contre-Voie…
Pour illustrer le souci, l’association organise une fois par mois des Apéros numériques à Angoulême pour discuter de l’actualité et répondre aux questions du public.
La communication de ces évènements est faite sur le compte Mastodon de l’association, mais aussi sur les comptes Facebook et Instagram du lieu.
Résultat : 100% des personnes qui viennent en ayant vu l’info sur Mastodon sont technophiles, tandis que le public cible vient essentiellement de Facebook et Instagram (mais aussi via la communication hors ligne).
On a donc une erreur stratégique : les évènements se font dans un entre-soi geek et ne touchent pas leur public cible à cause de la fierté de ne pas poster sur les réseaux sociaux majoritaires.
La décision a finalement été prise de rejoindre Facebook, Instagram, LinkedIn, BlueSky, Twitter et Threads. Avec toutefois l’objectif d’inciter l’audience à aller sur Mastodon.
Pour la Contre-Voie, il n’y a pas de « trahison de valeurs » à avoir investi ces réseaux pour diffuser un discours libriste et de numérique responsable, puisque c’est là que se trouvent les gens qu’on veut toucher.
Après quelques semaines à poster régulièrement, voici les premiers retours :
- Facebook et Instagram sont un peu calmes, mais il n’y a pas encore beaucoup d’abonné-es.
- L’asso a reçu un bon accueil sur LinkedIn et BlueSky (qui sont cela dit des réseaux un peu technophiles).
- Threads et Twitter n’apportent aucune visibilité.
- Il est difficile de poster sur autant de sites en même temps, l’asso a donc dû utiliser un outil propriétaire et payant afin de se faciliter le travail, aucune solution libre n’étant crédible pour leur besoin.
Pour l’équipe de la Contre-Voie, c’est une avancée dans le bon sens. Et même s’il y a peu de temps salarié et bénévole pour gérer les réseaux sociaux, iels comptent continuer sur ce modèle.
Accessibilité et logiciel libre : concrètement, comment les concilier quand j’y connais rien ?
Animé par Amaury Carrade, formateur et conseil en accessibilité numérique
Il existe divers types de handicap : de vision, d’audition, de mobilité et de cognition. L’incapacité peut être innée, mais aussi acquise ou temporaire. Tout le monde est potentiellement concerné un jour.
L’accessibilité repose sur 4 grands principes : être perceptible, utilisable, compréhensible et robuste.
La plupart des normes d’accessibilité numérique sont rédigées par le World Wide Web Consortium (W3C pour les intimes), qui propose notamment le WCAG (ou RGAA en Français pour référentiel général d’amélioration d’accessibilité) ou la norme WAI-ARIA utilisée en développement HTML.
Un des piliers de l’accessibilité est la sémantique, c’est-à-dire donner du sens aux choses.
Il est important de donner du contexte aux différents éléments qui seront analysés par les lecteurs d’écran, les claviers braille ou les systèmes d’automatisation. Par exemple, bien indiquer quand un élément est un titre ou du texte simple, quels sont les champs d’un formulaire, ou quel est le texte alternatif d’une image.
Pour la lisibilité, voici quelques recommandations :
- Avoir des contrastes de couleurs suffisants (il existe des outils pour cela) et des textes assez gros, éviter les typographies difficilement lisibles
- Utiliser un langage clair, voire écrire en FALC si possible
- Mettre des textes alternatifs pour décrire les images
- Ne pas avoir d’informations qui sont uniquement apportées par la couleur (dans des graphiques par exemple)
Un autre élément important pour l’accessibilité est la cohérence. L’idée est d’appliquer un principe de moindre surprise : avoir les mêmes éléments au même endroit d’une page à l’autre, garder des formes constantes…
Si on ne peut ou veut pas éviter l’usage d’un élément non accessible, il faut apporter une alternative. Un tableau sera mal transcrit par un lecteur d’écran, alors proposer de le télécharger au format .csv.
L’idéal est de prendre en compte l’accessibilité d’un site ou logiciel dès le début du développement. C’est beaucoup plus simple que devoir l’implémenter en cours de route.
Un bon conseil est de tester soi-même les outils d’accessibilité qui existent pour voir comment notre produit sera utilisé par des personnes handicapées.
Enfin, il est important d’être honnête et transparent-e concernant l’accessibilité. C’est même obligatoire de publier une déclaration d’accessibilité pour le secteur public et les entreprises réalisant plus de 2 millions d’euros de CA.
- Lister ce qui fonctionne, et surtout ce qui ne fonctionne pas
- Présenter ce qui est prévu
- Proposer un contact simple
- Valoriser les retours des personnes concernées
Lexique
Logiciel libre : Logiciel dont l’utilisation, l’étude, la modification et la diffusion sont permises librement à toustes.
Logiciel propriétaire : C’est à l’inverse du logiciel libre, un logiciel qui n’est pas librement modifiable et diffusable.
Open source : Principe de développement qui consiste à diffuser publiquement le code source d’un logiciel pour que chacun-e puisse l’étudier et le réutiliser. A noter que tous les logiciels libres sont open source, mais qu’un projet open source n’est pas forcément libre (payant par exemple).






Laisser un commentaire